Réforme de la justice

Acteur majeur de l’accès aux droits, la FNATH accompagne chaque année sur l’ensemble du territoire environ 15000 personnes, y compris jusque devant les juridictions sociales (TASS et TCI) ainsi qu’en appel. Or, le projet de réforme de la justice, tel que diffusé dans la presse, prévoit de rendre obligatoire la représentation obligatoire par un avocat. Un retour en arrière, défavorable aux assurés sociaux et traduisant la volonté de réduire les contentieux liés aux accidents du travail et maladies professionnelles.

Le projet de loi de réforme de la justice, sur laquelle la FNATH malgré son rôle majeur dans l’accès aux droits des personnes handicapées n’a pas été consultée, traduit une volonté assumée ou pas de réduire les contentieux liés notamment à la santé au travail.

La réforme de la justice du 21e siècle, adoptée il y a quelques mois, avait confirmé pourtant, concernant les juridictions sociales, la possibilité pour les assurés sociaux de pouvoir se représenter eux-mêmes ou de se faire assister notamment par une association spécialisée, comme l’est la FNATH depuis 1921, sans avoir l’obligation de recourir à un cabinet d’avocats.

Le projet de loi communiqué par la presse supprime cette possibilité, ce qui constitue pour la FNATH clairement un retour en arrière, en particulier pour les victimes du travail, mais aussi pour toutes les personnes handicapées et invalides qui connaissent bien ces juridictions, car c’est souvent là qu’elles doivent faire reconnaître leurs droits.

Il s’agit également d’une fausse bonne idée, car il est illusoire de penser que parce que la représentation par les avocats deviendra obligatoire en appel que les justiciables continueront à faire reconnaître leurs droits. La possibilité de se faire assister par une association, experte du sujet depuis plus d’un siècle, garantit en effet pour de nombreux justiciables, outre l’expertise, la possibilité d’accéder à une justice à faible coût.

Laisser la liberté de choix aux justiciables contribue à définir les conditions essentielles d’un véritable accès aux droits.

La FNATH vient donc d’écrire à la Ministre pour lui demander d’être reçue en urgence afin de revoir cette disposition du projet de loi.

Santé au travail

La Ministre du Travail, Muriel Pénicaud réaffirme que  santé  au travail reste un enjeu clé à ses yeux, déplorant la situation «intolérable» actuelle. Deux missions sont lancées sur ce sujet, dont une tout particulièrement consacrée aux risques chimiques. La ministre du Travail et sa collègue à la Santé, ont annoncé qu’elles souhaitaient «faire de la santé au travail, notamment du renforcement des dossiers de prévention, une de (leurs) priorités communes,».

En réponse aux demandes d’amendements formulées par les députés lors des débats sur les Ordonnances Macron, Muriel Pénicaud a réaffirmé, le 23 novembre 2017, que la santé au travail était un enjeu clé. Elle a indiqué que le gouvernement avait demandé à plusieurs spécialistes, Henri Forest (représentant syndical), Charlotte Lecocq (députée) et Bruno Dupuis (personnalité qualifiée), de réaliser un état des lieux de la santé au travail et de faire des propositions pour le 31 mars prochain. Nous « sommes d’accord pour dire que la situation demeure perfectible sur bien des aspects», admet la ministre du travail qui déplore « un nombre particulièrement élevé» d’accidents du travail et de maladies professionnelles en France : 626 227 accidents du travail, dont 514 décès, et 48 762 maladies professionnelles, dont 382 décès en 2016. «C’est évidemment intolérable.» Il faut, poursuit la ministre, que « progressent la coordination des acteurs, le partage d’informations entre professionnels de santé au travail et en ville (…) dans le respect des données sensibles et l’articulation des services de santé au travail avec les autres secteurs de santé.» Rappelant le risque de pénurie de médecins du travail, elle souhaite rendre cette spécialité plus attractive.

Risques chimiques

Les deux ministres ont également confié au professeur Frimat, spécialiste de la santé au travail, «une mission visant à renforcer la prévention sur l’exposition des risques, à garantir le suivi des salariés concernés, y compris lorsqu’ils changent d’employeur, et à s’assurer d’un mode de réparation adapté pour tenir compte de l’effet différé de l’exposition à des agents chimiques dangereux ». Parallèlement à la mise en place du C2P (nouveau compte professionnel de prévention, explique le ministère du Travail et compte tenu des effets différés sur la santé que peut causer, en effet, une exposition prolongée à des agents chimiques dangereux, la ministre «avait annoncé dès le 20 juillet dernier aux partenaires sociaux du Conseil national de l’orientation des conditions de travail, que la réflexion se poursuivrait sur ce sujet. Cette mission fait suite au travail mené durant l’été par la Direction générale du travail». Ses conclusions sont attendues pour le 31 janvier 2018.

Ordonnances sur le code du travail

Le projet de loi de ratification des ordonnances réformant le code du travail sera débattu à compter de demain. Avec notamment la fusion des instances représentatives du personnel et la réforme du compte pénibilité, il comporte des reculs pour la santé au travail, que la FNATH dénonce, exemple à l’appui.

La fusion des CHSCT

La fusion des différentes instances représentatives du personnel entraînant la disparition du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) va entraîner, en particulier dans les entreprises de moins de 300 salariés, un délaissement important voire un désintérêt des questions de santé au travail. Or le rôle du CHSCT est essentiel tant en termes de prévention mais permet aussi d’appuyer des procédures en indemnisation.

Ainsi, par exemple, la FNATH vient d’obtenir la reconnaissance par la cour d’appel de Dijon de la faute inexcusable d’un employeur pour un adhérent souffrant d’un asthme professionnel, à la suite de l’exposition à différents produits. En s’appuyant notamment sur un rapport du CHSCT, la FNATH a pu faire valoir les nombreux manquements de l’employeur à la réglementation : absence d’étiquetage et de signalisation du danger lié à la manipulation de fûts contenant des isocyanates, violation de la réglementation du travail concernant l’aération, absence de masque respiratoire approprié et de gants spéciaux ainsi que l’absence de consignes de sécurité… Le rapport pour risques graves du CHSCT s’était en l’occurrence traduit par la prise de mesures de prévention par l’employeur, sans pour autant l’exonérer en termes d’indemnisation.

La réforme du compte pénibilité

La réforme du compté pénibilité, qui sort des dix facteurs de pénibilité initiaux la manutention manuelle de charges, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et surtout les risques chimiques, constitue un fort recul, en ce qu’il conduit non pas à prévenir les impacts de ces facteurs sur la santé des travailleurs, mais à octroyer une maigre indemnisation aux personnes malades. Or, certaines maladies peuvent survenir 15, 20 ou 30 ans après l’exposition, et donc après l’âge de départ en retraite. Beaucoup seront donc exclus d’une possibilité de départ en retraite anticipée, leur maladie ne s’étant pas déclarée.

Procès pénal de l’amiante

Les victimes de l’amiante ont appris hier que le parquet de Paris a réclamé un non-lieu pour les responsables d’Eternit, groupe spécialisé dans l’amiante et le premier à avoir été visé par une plainte contre ce matériau cancérigène.

Ce réquisitoire vient se rajouter à l’annonce faite en juin de la volonté des juges et du parquet de clore les investigations dans une vingtaine de dossiers similaires. L’argument invoqué reste le même, à savoir le « temps de latence extrêmement long et variable qui s’écoule entre l’exposition à la substance et l’apparition des premiers signes cliniques d’une pathologie » et qui « empêche de situer dans le temps avec précision le moment de l’intoxication et, par voie de conséquence, d’identifier le responsable de cette intoxication ». Les juges d’instruction doivent maintenant décider de mettre ou non un terme à la procédure.

Des arguments fallacieux

Ce réquisitoire renforce la colère des victimes, d’autant plus qu’il repose sur des arguments que l’on peut considérer comme fallacieux. Alors que le débat s’enflamme sur l’absence de décision politique concernant l’utilisation des pesticides et leurs effets sur la santé des travailleurs et du grand public, ce nouveau coup dur pour les victimes rappelle l’impunité des responsables d’empoisonner des dizaines de milliers de personnes.

Au-delà de la colère des victimes de l’amiante, cette décision emporte en effet la colère de toutes les victimes du travail. En effet, cela conduit à rendre impossible tout procès pénal sur les questions de santé au travail.

Les victimes du travail resteront-elles exclues de toute justice ? La FNATH refuse que les victimes du travail continuent à être envoyer à la mort sans que ne soit possible de dégager des responsabilités La FNATH demande aux politiques de se prononcer clairement contre ce « permis de tuer » donné aux employeurs.

Enquête : La FNATH publie une nouvelle enquête sur le devenir des victimes du travail

La FNATH dévoile le 1er volet d’une enquête qu’elle a mené auprès de 5000 personnes qui se sont rendues dans ses 1000 points de permanence ces derniers mois. L’enquête montre des arrêts de travail de longue durée, en particulier chez les seniors. De plus, 67% des répondants n’ont pas repris leur activité professionnelle à la suite de leur accident ou maladie dans la même entreprise. Ils sont 62% à avoir été licenciés pour inaptitude.

Un éclairage inédit sur le devenir des victimes du travail, qui vient éclairer le débat sur la réforme du droit du travail et la pénibilité.

Procès pénal de l’amiante : Les juges d’instruction et le Parquet préparent des non-lieu en série

« Il est impossible de dater le moment de la commission de la faute et donc de l’imputer à quiconque », explique le Parquet dans ses réquisitions appuyant la position des magistrats qui viennent d’annoncer aux plaignants la clôture de l’instruction. Ainsi seront motivés les non-lieux en préparation. L’Andeva et la Fnath contestent l’interprétation frauduleuse d’une expertise scientifique pour lui faire dire le contraire de ce qu’elle dit. Elles dénoncent un énorme scandale judiciaire.

21 ans après le dépôt des premières plaintes, c’est bien un enterrement de première classe qui se prépare. La lecture de l’« ordonnance de soit communiqué » transmise le 7 juin au Procureur de la République ne laisse aucun doute à ce sujet.

Une clôture annoncée

Révélée par le journal « Le Monde », cette ordonnance justifie une clôture annoncée de l’instruction par le constat de « l’impossibilité de poursuivre utilement cette information judiciaire », l’incertitude sur la « date d’intoxication » ne permettant pas, selon eux, de « réunir des charges qui pourraient être imputées à quiconque des chefs d’homicide ou blessures involontaires ».

Les avocats des parties civiles qui réclamaient en vain depuis plusieurs mois d’être reçus par les juges d’instruction, ont été les premiers surpris par cette ordonnance, comme ils ont été surpris de l’inhabituelle célérité du Parquet, qui – moins d’une semaine après – s’est empressé de légitimer cette clôture de l’instruction au motif qu’il « est impossible de dater le moment de la commission de la faute et donc de l’imputer à quiconque ».

100 000 morts de l’amiante annoncées, 21 ans d’instruction pour en arriver là ! C’est un véritable naufrage de l’institution judiciaire.

L’argument invoqué mérite attention. Il prétend en effet s’appuyer sur un rapport d’expertise rendu le 22 février 2017 auquel les magistrats font dire le contraire de ce qu’il dit.

Les trois scientifiques auteurs du rapport expliquent en effet que « pour l’amiante, l’exposition est synonyme de contamination en l’absence de mesures de protection » et que « dans un modèle de risque « sans seuil » l’intoxication est par définition concomitante de la contamination ». Ce n’est donc pas une date mais une période d’exposition que les magistrats auraient dû retenir pour établir la certitude d’un lien de causalité entre la faute pénale et le dommage des victimes. L’argument des juges d’instruction et du parquet est suffisamment général pour faire prospérer des non-lieu pour tous les responsables, petits ou grands, qui avaient été mis en examen dans tous les dossiers pénaux de l’amiante. .Dans l’immédiat la clôture de l’instruction a été notifiée dans une vingtaine de dossiers dont ceux d’Eternit, Valeo ou Everite (Saint-Gobain). Ceux de Jussieu ou de la Normed risquent de prendre le même chemin.

La portée de ces décisions va bien au-delà des victimes de l’amiante.

Des décisions analogues pourraient demain s’appliquer aux victimes de produits à effets différé (cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques). Cela reviendrait à délivrer par avance un « permis de tuer » aux auteurs de crimes industriels « non datables ».

L’heure est grave. Les enjeux sont considérables.

Nous sommes tous concernés : les victimes de l’amiante et du travail, les organisations syndicales, les défenseurs de la vie et de la santé au travail ainsi que tous ceux qui croient encore à la justice. Ensemble, nous devons faire entendre notre voix.

L’Andeva et la Fnath feront immédiatement appel si les ordonnances de non-lieu annoncées sont rendues.