Paul François gagne son procès contre le géant du pesticide

La cour d’appel de Lyon vient de donner raison à Paul François, victime d’un herbicide de Monsanto, et défendu par Maître Lafforgue. « On a gagné ! » lâche soulagé et ému, Paul François, ce 11 avril 2019. « Bayer Monsanto vient d’être condamné pour la troisième fois. » En 2004, Paul François, exploitant agricole en Charente, inhalait par accident les vapeurs du Lasso (Lire A part entière 268), un désherbant du groupe Monsanto, interdit fin 2007 en France. Il est tombé gravement malade. Le 6 février 2019, Paul François, affrontait de nouveau le géant des produits phytosanitaires devant la cour d’appel de Lyon. Cela fait douze ans qu’il demande réparation. La firme a été récemment rachetée par l’Allemand Bayer.

La FNATH salue le long combat judiciaire que Paul François a mené, depuis 2007, sans aucune aide de l’Etat, contre le géant des pesticides.

C’est une constante française, depuis le Distilbène, en passant par l’amiante ou les perturbateurs endocriniens, que de laisser seules, par cynisme économique ou absence de courage politique, les victimes de drames sanitaires, professionnels et environnementaux.

L’ironie est telle, en l’occurrence, qu’il y a quasiment un an, le Gouvernement annonçait avoir missionné l’INSERM et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), pour qu’ils fournissent une étude actualisée des liens entre pathologies et exposition professionnelle aux pesticides…

Les auteurs du rapport soulignaient l’inadaptation du système d’indemnisation des victimes aux pesticides, en particulier, mais aussi de toutes les victimes du travail, en général : des tableaux de maladies professionnelles inadaptés, une indemnisation forfaitaire et non intégrale, un système complémentaire d’indemnisation peu clair et hétérogène et un parcours souvent très compliqué pour les victimes.

La FNATH appelait la nécessité de revoir rapidement les tableaux de maladies professionnelles et d’améliorer le dispositif actuel de prévention et de lutte contre les pesticides entre autres.

Concernant l’indemnisation, la FNATH demandait l’ouverture d’une réflexion globale sur l’indemnisation de toutes les victimes du travail, dont de multiples rapports ont souligné l’inadaptation.

Depuis cette date, rien n’a bougé !

Bien sûr ce n’est pas mieux pour les victimes environnementales !

Si l’heure est donc à la célébration du combat de « David contre Goliath », la FNATH dénonce une politique qui fait de la lâcheté contre les lobbies et les grands groupes industriels et de l’abandon concomitante des victimes un « sport national » !

En 2019, c’est toujours la loi de 1898, qui remonte à l’époque du Germinal de Zola, qui sert de base à l’indemnisation des accidentés du travail.

Ce weekend, la FNATH, association des accidentés de la vie, avait une pensée  particulièrement émue pour les victimes du travail. En effet, le 10 mars 1906, plus de 1 000 personnes périssaient dans les mines de Courrières (62) à la suite d’un coup de grisou. Il s’agit du plus grave accident industriel en Europe.

Soixante-dix ans plus tard, le 27 décembre 1974, c’est à Liévin que se produisait une catastrophe similaire, même si le bilan était moins lourd (42 victimes). Ce type d’accident paraît aujourd’hui irréel, l’exploitation du charbon renvoyant au passé.

Pourtant le 11 septembre 2001 c’est un autre accident industriel, l’explosion de l’usine AZF, qui a amené son lot de victimes. Au rang des conséquences industrielles on trouve également le scandale de l’amiante qui malgré un dispositif réglementaire est toujours dans l’actualité des juridictions.

En 1906 comme en 2001, et comme ce serait le cas aujourd’hui si une autre catastrophe se produisait, les enquêtes successives et les procédures à rebondissement s’enlisent, et finissent trop souvent par un non-lieu.

Lors de la catastrophe de 1906, la toute récente loi de 1898, considérée alors comme d’un des actes de naissance de l’Etat-Providence moderne, assurait aux salariés en cas de maladie professionnelle ou accident de travail, une indemnisation automatique et forfaitaire qui pouvait être augmentée avec la reconnaissance, rarissime, de la faute inexcusable de l’employeur.

Même si le scandale de l’amiante a permis une évolution en 2002 par le jeu de la jurisprudence, qui facilite désormais la reconnaissance de la faute inexcusable, cette amélioration jurisprudentielle reste fragile et susceptible d’évolution négative au gré de telle ou telle mouvance.

L’explosion de l’usine AZF a largement permis de mettre en évidence cette disparité d’indemnisation, puisque sur un même sinistre, les victimes ont été indemnisées de façon très différente selon qu’elles étaient :

–   salariées de la Société Grande Paroisse (Total), bénéficiant d’une indemnisation partielle,

ou,

– sous-traitantes sur le site, salariées d’une entreprise voisine, ou tout simplement victime environnementale, ces dernières percevant quant à elles une indemnisation intégrale de l’ensemble de leurs préjudices.

Si pour cet accident précis, largement médiatisé, en présence d’une entreprise mondialement connue, un effort particulier a été consenti pour que l’indemnisation des salariés du site soit améliorée, cette mesure exceptionnelle est restée unique et n’a ouvert à aucune une évolution législative.

Pour un même sinistre, en présence deux personnes présentant les mêmes critères, la différence d’indemnisation peut être 10 fois inférieure, selon que l’on soit victime dans le cadre du travail ou non.

Aujourd’hui, et comme en 1906, bien que la jurisprudence ait temporairement évolué, les victimes d’accident de travail ou maladies professionnelles ne sont toujours pas reconnues et indemnisées de la même façon.

L’émergence de risques nouveaux tend à la mise en place, comme ce fut le cas pour l’amiante, de fonds d’indemnisation spécifiques améliorant l’indemnisation, mais laissant sur le bord de la route les victimes d’accidents, d’exposition, ou de substances moins médiatiques mais aux conséquences tout aussi graves.

Combien de temps les victimes au travail devront-elles encore attendre avant d’être considérées comme des victimes à part entière ? La FNATH demande donc que soit enfin révisée la loi de 1898 pour garantir à toutes les victimes, du travail ou non, un véritable traitement égalitaire.

Les accidentés de la vie, une nouvelle fois laissés pour compte, Monsieur le président ?

L’Association des accidentés de la vie, FNATH, consciente de l’extrême gravité dans laquelle se trouve le pays, appelle le président de la République à faire cesser les violences et l’impasse sociale qui est celle de la France depuis plus de 30 ans.

Elle demande à Emmanuel Macron de ne pas oublier de consulter les associations qui luttent, sur le terrain, contre la précarité sociale, pour la prévention de la désinsertion sociale des victimes du travail, des personnes en situation de handicap et des pensionnés de l’invalidité.

Les personnes en situation de handicap, les accidentés de la vie et leurs familles subissent, elles aussi, depuis des décennies et des décennies, des situations de discriminations professionnelle et sociale. Elles sont contraintes de vivre dans une société qui n’est pas accessible pour elles, se trouvent confrontées à un chômage deux fois supérieur à la moyenne nationale, ne bénéficient pas du droit à l’instruction comme tous les autres enfants, et souffrent de multiples inégalités notamment dans l’accès aux soins. Il en est de même pour les victimes du travailet les pensionnés de l’invalidité sur le dos desquelles des économies budgétaires sont réalisées alors qu’elles vivent le plus souvent sous le seuil de pauvreté.

Depuis 30 ans, et malgré les rapports officiels qui le demandent, les pouvoirs publics refusent d’améliorer l’indemnisation des victimes du travail qui sont, le plus souvent, licenciées pour inaptitude et auxquelles il est versé un capital ou une rente trimestrielle de misère comme solde de tout compte pour avoir perdu leur santé au travail. Pourtant ce régime n’a pas été revu depuis la fin du 19ème siècle à l’époque de Zola !!!

Il est urgent, aujourd’hui, que la construction des politiques sociales et d’inclusion soient revues, sans délai, pour que les aspirations des personnes soient réellement et pleinement comprises, prises en compte et respectées.

Il faut sortir de la politique du mépris et des décisions cyniques qui plongent les familles et les personnes dans le désespoir social.

La FNATH formule 25 propositions, dont un certain nombre reprises d’un récent rapport de l’IGAS sur la prévention de la désinsertion professionnelle et demande instamment que l’indemnisation des accidents du travail et maladies professionnelles soit, enfin, réformée.

C’est précisément dans ces périodes que le « vivre ensemble », la citoyenneté et la dignité, permettront de sortir de cette crise politique et sociale majeure.

Lire le communiqué de presse : « Les accidentés de la vie, une nouvelle fois laissés pour compte, Monsieur le président ? »

 

10 000 parcours de victimes du travail

La FNATH a présenté les enseignements de son Observatoire des parcours professionnels des victimes du travail et personnes handicapées, mis en place dans la cadre d’une convention avec l’Agefiph, le lundi 5 novembre au Palais du Luxembourg dans le cadre d’un colloque organisé en partenariat avec le sénateur des Deux-Sèvres, Philippe Mouiller, et en présence de Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat aux personnes handicapées.

L’observatoire des parcours professionnels : 10 000 parcours

Depuis 3 ans, dans le cadre d’une convention nationale signée entre la FNATH et l’Agefiph, la FNATH a accompagné 10 000 travailleurs accidentés, malades et handicapés, principalement des victimes du travail, dans ses permanences juridiques, et elle a pu échanger avec près de 15000 personnes dans le cadre de 400 réunions d’informations en proximité. Tous ces parcours ont alimenté l’observatoire mis en place par la FNATH dans le cadre d’une convention avec l’Agefiph.

Les principaux enseignements disponibles

Le manque d’informations sur les droits

S’il fallait retenir un point commun de l’ensemble des parcours, c’est bien celui de l’absence d’informations globales et la méconnaissance du rôle des différents acteurs.

De manière générale, les personnes font part des difficultés dans les démarches entreprises et l’absence d’accompagnement efficient. Les démarches semblent difficiles et les réponses trop longues, ce qui entraîne un sentiment d’injustice et une démotivation, préjudiciables au retour à l’emploi.

Un moment de rupture : les arrêts de travail de longue durée

Faute d’une bonne information et d’un accompagnement pendant l’arrêt de travail, les personnes en arrêt de longue durée se retrouvent au bout de plusieurs mois sans avoir anticipé leur reprise de travail. La visite de pré-reprise, trop méconnue, se traduit souvent pour les personnes que nous avons accompagnées, par le couperet du licenciement pour inaptitude. Cela est d’autant plus préjudiciable que les clés d’un maintien en emploi réussi sont, d’une part, la précocité des démarches, et, d’autre part un accompagnement dans la durée.

Les difficiles parcours du maintien en emploi

Le maintien en emploi est rendu d’autant plus difficile pour les travailleurs handicapés qui cumulent d’autres difficultés : les barrières liées à la langue, l’absence de permis de conduire ou de véhicule aménagé, des statuts particuliers, l’âge…

La reprise à temps plein est souvent très compliquée pour les personnes en raison de leur état de santé ou de leur handicap. Si certaines personnes recherchent et sont demandeurs d’une reprise à temps partiel, la perte de revenus engendrée rend cette solution souvent difficile. La fin du temps partiel thérapeutique n’est pas toujours facile à gérer, le retour à un temps plein n’étant pas toujours possible.

La formation est un outil incontournable du maintien, mais reste difficile à mobiliser. Dans ce domaine, ce qui ressort en premier lieu c’est l’opacité du système et la difficulté pour les personnes concernées de s’y retrouver.

L’accompagnement médical en question

Le rôle du médecin du travail et du service de santé au travail est l’objet de beaucoup de questions. La principale difficulté réside dans l’absence de suivi des préconisations du médecin du travail, dès le départ ou dans la durée.

Par ailleurs, les médecins conseils des CPAM font l’objet de nombreux retours négatifs : il leur est souvent reproché de décider de l’avenir des personnes, sans pour autant les examiner de manière approfondie.

La FNATH formule 25 propositions

Au total, la FNATH formule 25 propositions, dont un certain nombre reprises du rapport de l’IGAS sur la prévention de la désinsertion professionnelle.

Les autres propositions visent notamment à mieux prévenir la pénibilité au travail, à renforcer l’accompagnement des victimes du travail, à créer un véritable statut pour les travailleurs à domicile, à renforcer l’accompagnement des travailleurs seniors ou bien encore à ouvrir un chantier sur le rôle et le contrôle des médecins conseil des CPAM.

Elle souhaite que toutes ces propositions puissent enrichir les concertations en cours sur la réforme de l’offre des services pour les travailleurs handicapés, mais aussi pour la santé au travail.

Des actions déjà menées : la mise en ligne d’une plateforme juridique d’accès aux droits

Afin de répondre aux besoins d’accès aux droits des victimes du travail, des personnes malades et handicapées, la FNATH a lancé une plateforme juridique d’accès aux droits, disponible sur son site internet : fnath.ynovit.fr

Les meilleurs juristes du réseau de la FNATH sont ainsi mobilisés pour répondre à toutes les demandes dans les meilleurs délais. Des courriers-types sont également disponibles pour faciliter les démarches des personnes.

Pas d’amiante dans nos écoles !

Plus de 8 établissements scolaires sur 10 sont concernés

85% des 63 000 établissements scolaires ont au moins un bâtiment construit avant l’interdiction de l’amiante (1997) et dans lequel on trouve encore des matériaux (dalles de sol, des cloisons, des toitures des faux plafonds) contenant de l’amiante qui peuvent libérer dans l’air de minuscules fibres cancérogènes.

Souvent, le Dossier technique amiante qui doit indiquer où il y a de l’amiante dans l’établissement scolaire est incomplet, obsolète, voire carrément inexistant

Plus de 12 millions de personnes exposées

Les enseignants, les agents de service et bien sûr les 12 millions d’élèves se retrouvent sous la menace d’une exposition à l’amiante pouvant provoquée une maladie grave 30 ans après.

 Lorsque les  profs refusent de faire cours dans des salles de classe amiantées et revendiquent leur le droit de retrait, ils subissent des pressions pour reprendre leur travail.

Vendredi 12 octobre l’Andeva organise à Paris une manifestation nationale, soutenue par la FNATH, pour alerter contre l’amiante dans les écoles et demander

  • Qu’un repérage de l’amiante dans tous les établissements scolaires, publics et privés,
  • Que les dossiers techniques amiante soient mis en ligne sur les sites Internet des établissements,
  • Que des travaux soient fait par des entreprises qualifiées pendant les vacances scolaires,
  • Le maintien des CHSCT, chargés de la sécurité et des conditions de travail,
  • La mise en place d’un plan d’éradication de l’amiante dans les écoles, lycées et collèges pour chaque région, avec une date d’achèvement des travaux et une priorité aux situations les plus dégradées.

Emploi des seniors : encore des progrès à faire

Le taux d’emploi des 60-64 ans  reste inférieur à 30% en 2017. Malgré une nette hausse du taux d’emploi des seniors depuis une vingtaine d’années, la France est largement en-dessous de la moyenne européenne (42%) et des pourcentages atteints dans d’autres pays (60% en Allemagne et 70% dans plusieurs pays scandinaves).

Ce constat est rappelé dans un rapport que vient de publier France stratégie, intitulé « Les seniors, l’emploi et la retraite ».

La proportion de retraités chez les 55-64 ans en France est parmi les plus élevées de l’Union européenne. Plusieurs études ont mis en avant le rôle joué par les règles du système de retraite dans les choix de départ à la retraite et, au-delà, leur impact sur le comportement des actifs âgés ou de leurs employeurs, notamment en matière d’embauches et de ruptures de contrats de travail, ou de recours à la formation.

L’appropriation de certains dispositifs d’incitation à la poursuite d’activité s’avère ainsi encore aujourd’hui imparfaite. De plus, la poursuite d’activité est également tributaire de la satisfaction  professionnelle. Enfin, même des règles coercitives telles que le relèvement de l’âge  d’ouverture des droits se heurtent à l’hétérogénéité des situations de fin de carrière.

Un maintien en emploi difficile

Au-delà des problèmes individuels de santé, certains pans de la population active cumulent les difficultés de maintien dans l’emploi, liées notamment à un moindre accès à la formation ou encore à la pénibilité du travail. Plus généralement, les difficultés du retour à l’emploi accroissent le non-emploi avant la retraite, d’où l’enjeu que représente l’accompagnement des chômeurs les plus éloignés du marché du travail.

Des préjugés persistants

En outre, les enquêtes auprès des employeurs et des salariés mettent en évidence la persistance de préjugés en défaveur des seniors. Le défi du changement des stéréotypes est d’autant plus crucial que les représentations négatives sont souvent internalisées par les seniors eux-mêmes, et peuvent se combiner à des discriminations sur l’apparence, la santé ou le handicap. Autant de facteurs qui rendent la discrimination par l’âge difficile à caractériser.

Réforme des retraites

Au moment où le gouvernement s’apprête à engager une transformation profonde de notre système de retraite, la question de l’emploi des seniors doit être considérée comme un enjeu à part entière. La réforme devra assurer à chacun une liberté effective dans le choix de sa fin de carrière professionnelle. Mais une liberté de choix sans qualité de vie au travail ne s’exercera pas dans un sens favorable à la poursuite de l’activité.