Procès pénal de l’amiante.

Le Parquet du Pôle Santé Public du Tribunal de grande Instance de Paris vient de rendre un réquisitoire définitif sollicitant un non-lieu général dans le procès pénal de l’amiante concernant l’entreprise Eternit.

 Les victimes de l’amiante ont appris hier que le parquet de Paris a réclamé un non-lieu pour les responsables d’Eternit, groupe spécialisé dans l’amiante et le premier à avoir été visé par une plainte contre ce matériau cancérigène.

Ce réquisitoire vient se rajouter à l’annonce faite en juin de la volonté des juges et du parquet de clore les investigations dans une vingtaine de dossiers similaires. L’argument invoqué reste le même, à savoir le «temps de latence extrêmement long et variable qui s’écoule entre l’exposition à la substance et l’apparition des premiers signes cliniques d’une pathologie » et qui «empêche de situer dans le temps avec précision le moment de l’intoxication et, par voie de conséquence, d’identifier le responsable de cette intoxication ». Les juges d’instruction doivent maintenant décider de mettre ou non un terme à la procédure.

Ce réquisitoire renforce la colère des victimes, d’autant plus qu’il repose sur des arguments que l’on peut considérer comme fallacieux. Alors que le débat s’enflamme sur l’absence de décision politique concernant l’utilisation des pesticides et leurs effets sur la santé des travail leurs et du grand public, ce nouveau coup dur pour les victimes rappelle l’impunité des responsables d’empoisonner des dizaines de milliers de personnes .

Au-delà de la colère des victimes de l’amiante, cet te décision emporte en effet la colère de toutes les victimes du travail. En effet, cela conduit à rendre impossible tout procès pénal sur les questions de santé au travail.

Les victimes du travail resteront-elles exclues de toute justice ? La FNATH refuse que les victimes du travail continuent à être envoyer à la mort sans que ne soit possible de dégager des responsabilités.

La FNATH demande aux politiques de se prononcer clairement contre ce « permis de tuer » donné aux employeurs.

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Pesticides

Le Parlement européen a voté le 24 octobre une résolution non contraignante demandant l’interdiction de l’utilisation du glyphosate à des fins non professionnelles dès le 15 décembre 2017 et sa disparition d’ici à 2022. La commission européenne doit se prononcer aujourd’hui.

Le glyphosate, qui entre notamment dans la composition du Roundup de Monsanto, a été classé comme « cancérogène probable » pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer. Au-delà des cancers, des études n’excluent pas le lien entre l’exposition professionnelle et certaines pathologies chez les adultes, dont la maladie de Parkinson.

La FNATH souhaite que les expositions dans le cadre professionnel et non professionnel soient traitées de la même manière. Il n’est en effet pas normal que le Parlement européen propose l’interdiction du produit à des fins non professionnelles dès décembre 2017 et qu’il reporte dans le temps, c’est-à-dire dans 5 ans, l’interdiction de son utilisation à des fins professionnelles. Ce sont autant d’années pendant lesquelles le nombre de victimes professionnelles va s’allonger.

Si le Parlement considère qu’il faut interdire le glyphosate, cette interdiction doit être applicable pour tout le monde à la même date, sans exclure les personnes les plus exposées, c’est-à-dire celles qui l’utilisent à des fins professionnelles.

La FNATH appelle à tirer les enseignements du scandale de l’amiante. Les tergiversations et pressions de toute sorte pour repousser l’interdiction de ce matériau présenté aussi à l’époque comme miraculeux ont conduit au plus grand drame sanitaire connu dans notre pays, avec des dizaines de milliers de victimes, qui attendent encore la tenue d’un procès pénal.

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Asthme professionnel

Dans une décision récente (5 octobre) de la cour d’appel de Dijon, la FNATH vient d’obtenir la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur, qui n’avait pas respecté de nombreuses obligations. Pour ce faire, elle s’est appuyée sur un rapport du CHSCT. Un CHSCT qui n’existera plus dans cette entreprise à la suite des ordonnances réformant le code du travail.

Dans les suites de son activité professionnelle (profileur de lame), Monsieur F présente depuis 2011 un asthme professionnel, qui a été reconnu par la CPAM en juin 2012 conformément au tableau 62 des maladies professionnelles. Un taux de 7% lui a été reconnu, lui octroyant une indemnité en capital. Monsieur F a saisi le tribunal des affaires de la sécurité sociale pour faire reconnaître la faute inexcusable de son employeur, qui lui a donné raison janvier 2016. L’employeur a décidé d’interjeter appel devant la cour d’appel de Dijon, qui a confirmé par un arrêt en date du 5 octobre 2017 la faute inexcusable de l’employeur.

Dans son argumentation, la FNATH faisait valoir les nombreux manquements de l’employeur à la réglementation : absence d’étiquetage et de signalisation du danger lié à la manipulation de fûts contenant des isocyanates, violation de la réglementation du travail concernant l’aération, absence de masque respiratoire approprié et de gants spéciaux ainsi que l’absence de consignes de sécurité… De plus, l’employeur n’avait pas adopté de document unique d’évaluation des risques intégrant le risque lié à l’utilisation des isocyanates. Le salarié a été contraint de travailler dans des conditions de travail dangereuses pour sa santé jusqu’à ce qu’il ait été victime d’un asthme professionnel

A la suite de la dégradation des conditions de travail, le CHSCT a décidé en juin 2013 d’une expertise sur les risques graves, qui concluait à l’absence de véritable politique de prévention. Ce rapport s’est traduit par la prise de mesures de prévention par l’employeur, mais qui ne peut en l’occurrence l’exonérer de la faute inexcusable.

Grâce à l’argumentation de la FNATH de Saône et Loire, qui représentait son adhérent devant la cour d’appel, et le rapport pour risques graves du CHSCT, la cour d’appel a confirmé la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employer.

Outre le fait que cet arrêt reconnaît la faute inexcusable d’un employeur pour un asthme professionnel, ce qui n’est pas fréquent, il montre surtout l’importance des CHSCT. Avec les ordonnances réformant le code du travail, le CHSCT n’existera plus, sauf certains cas, dans les entreprises de moins de 300 salariés, ce qui est le cas de cette entreprise. De plus, dans la mesure où les CHSCT doivent maintenant financer en partie les expertises, il n’est pas sûr que le CHSCT en l’occurrence pourrait maintenant diligenter une telle étude.

Cet arrêt montre donc que la réforme peut conduire d’une part, à réduire la prévention dans les entreprises, et, d’autre part, à rendre plus difficile l’indemnisation des victimes du travail.

Projets de loi de finances.

Décidément le projet de loi de finances s’avère être le plus défavorable aux personnes handicapés,  pensionnés d’invalidité et victimes du travail depuis très longtemps. Derrière des annonces d’amélioration, se cachent des mesures préjudiciables, qui viennent réduire leur pouvoir d’achat. 

La revalorisation de l’Allocation aux adultes handicapés, avec une première augmentation en novembre 2018, dans 13 mois, s’accompagne de la fusion à la baisse des deux compléments de ressources, mais surtout de la réforme des critères de prise en compte des ressources du conjoint. Cette mesure aboutit à neutraliser pour des dizaines de milliers de bénéficiaires l’effet de cette revalorisation.

La situation des pensionnés d’invalidité est encore pire. D’une part, ils seront impactés directement par la hausse de la CSG prévue dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale, sans aucune compensation puisque, une fois de plus, aucune revalorisation n’est envisagée. Ils vont donc connaître une perte de ressources directe et sans aucune compensation.

D’autre part, l’article 63 du projet de loi de finances prévoit la suppression de la prime d’activité pour les personnes invalides et les victimes du travail en emploi. Cela va se traduire très concrètement là-aussi par une baisse du pouvoir d’achat pour ces personnes.

Concernant les victimes du travail, la FNATH condamne une fois de plus le fait que l’excédent de la branche accidents du travail – maladies professionnelles ne se traduise pas concrètement pas de véritables mesures d’amélioration de l’indemnisation des victimes du travail, notamment une véritable revalorisation des rentes et indemnités en capital.

Jamais l’expression « président des riches », qui est de plus en plus utilisé dans les médias, n’a trouvé autant de traductions dans un projet de loi de finances, avec une réduction majeure du pouvoir d’achat des personnes handicapées, invalides et victimes du travail, sans oublier non plus la réduction brutale des contrats aidés qui fragilisent leur insertion en emploi.

La priorité « handicap » du président ne s’est traduit pour l’instant que par un décalage flagrant et insupportable entre les beaux discours et les actes.  Il est temps d’agir dans la concertation et non dans la brutalité des mesures !

 

La FNATH votera aujourd’hui contre le PLFSS au conseil de la CNAMTS.

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Exposition au chlorure de vinyle monomère

La FNATH vient d’engager un recours devant le Conseil d’Etat pour demander l’annulation du tableau 52bis des maladies professionnelles créé par un décret en date du 5 mai et concernant l’exposition au chlorure de vinyle monomère (CVM). 

Le chlorure de vinyle est une substance gazeuse aux températures habituelles. Le chlorure de vinyle monomère (CVM) est principalement employé pour la production de polychlorure de vinyle (PVC). L’exposition au CVM dans les unités de production ou de polymérisation françaises a pu être forte ou très forte avant 1980.

Il s’agit d’une substance cancérogène et les travailleurs qui y ont été exposés ne pouvait jusqu’à présent la faire reconnaître comme d’origine professionnelle avec une indemnisation par la sécurité sociale.

Le décret 2017-812 du 5 mai 2017 a créé, après plusieurs années de discussion, un nouveau tableau (tableau 52bis) qui présume le « carcinome hepatocellulaire » d’un travailleur suite à l’exposition au CVM, est d’origine professionnelle.

Pour autant, les conditions imposées par ce tableau ne sont pas acceptables car, en plus de conditions extrêmement sévères, il impose que soit rapportée la preuve d’au moins deux autres lésions du foie mais non tumoral figurant parmi une liste de cinq.

Or, il est incompréhensible d’exiger d’une victime professionnelle atteinte d’un cancer primitif du foie qu’elle présente également au moins deux lésions qui n’ont aucun rapport avec la maladie puisqu’il s’agit de lésions du « foie non tumoral ».

La FNATH considère que cette exigence supplémentaire va au-delà des conditions que doit prévoir un tableau. Aucune référence scientifique ne justifie en effet de prouver deux des lésions prévues pour démonter le lien entre le carcinome hépatocellulaire et l’exposition au CVM.

Une fois encore, on traite les victimes du travail sans égard pour leur dignité y compris lorsqu’elles sont confrontées à la maladie. Pour elles, un cancer du foie ne saurait suffire.

Enquête de la FNATH

La FNATH a mené une enquête auprès des personnes qui se sont rendues dans ses 1000 points de permanences ces derniers mois. Au total près de 5000 personnes ont répondu à notre enquête.

La FNATH dévoile la première partie de l’enquête concernant le devenir des victimes du travail après leur accident ou leur maladie : un éclairage unique sur les victimes du travail.

Des arrêts de travail de longue durée chez les seniors : 80% des personnes en arrêt de plus de 3 mois ont 46 ans.

Parmi les personnes actuellement en arrêt de travail, l’enquête montre des arrêts de longue durée. Ainsi, 8 personnes sur 10 (79%) sont en arrêt de plus de 3 mois. L’enquête permet de constater une forte concentration des arrêts de travail de longue durée chez les travailleurs âgés de plus 46 ans : parmi les personnes en arrêt de travail de plus de 3 mois, 80% ont plus de 46 ans.

La reprise du travail : 62% des personnes licenciées pour inaptitude.

Selon notre enquête, 67% des répondants n’ont pas repris leur activité professionnelle à la suite de leur accident ou maladie dans la même entreprise. Ils sont 62% à avoir été licenciés pour inaptitude. Toutefois, 10% d’entre eux ont pu retrouver un emploi dans une autre entreprise.

Seulement 8% des personnes ont repris leur travail avec aménagement de poste contre 16% qui ont repris leur activité au même poste mais sans aménagement particulier. 5% indique que cette reprise de travail a été faite dans la même entreprise mais à un poste différent.

La FNATH constate une forte hausse par rapport à l’enquête menée en 2011. A l’époque, notre enquête montrait que 55% des personnes n’avaient pas repris leur travail dans la même entreprise après l’arrêt de travail qui a suivi l’accident.

Enseignements

Alors que le Gouvernement a annoncé un moratoire du compté pénibilité et que le projet de loi portant habilitation à prendre par ordonnances les mesures pour la rénovation sociale devrait prévoir des dispositions concernant l’inaptitude au travail, cette enquête montre à quel point un accident du travail ou une maladie d’origine professionnelle conduit à l’exclusion du monde de l’entreprise.

Présentation de la population enquêtée.

Les répondants sont principalement des hommes (66%), majoritairement de plus de 46 ans (78%) et sans activité (23% sont en arrêt de travail, 23% en recherche d’emploi et 14% en retraite). Les répondants habitent dans 37 départements différents, répartis sur 11 régions.

90% des personnes enquêtées ont eu un accident ou une maladie en lien avec le travail (principalement un trouble musculo-squelettique). Ils présentent majoritairement un taux inférieur à 50%. L’enquête constitue donc un éclairage unique sur l’accès aux droits des victimes du travail.