Cancer du sein reconnu comme maladie professionnelle : une nouvelle avancée pour les personnels navigants

Après une décision concernant des soignantes travaillant de nuit, la justice reconnaît l’origine professionnelle du cancer du sein d’une ancienne hôtesse de l’air. Une décision importante qui souligne la nécessité de prendre en compte l’ensemble des risques auxquels les salariés sont exposés au cours de leur carrière.

Près de 30 ans d’exposition à différents risques professionnels

Après près de 30 années passées chez Air France, une hôtesse de l’air devenue cheffe de cabine développe un cancer du sein, diagnostiqué en 2019.

Au cours de sa carrière, elle a effectué plus de 12 600 heures de vol, dont 6 500 heures de nuit.

Malgré deux refus de reconnaissance de sa maladie comme étant d’origine professionnelle, elle décide de poursuivre ses démarches devant le pôle social du tribunal judiciaire de Bayonne.

Dans une décision rendue le 4 juillet 2026, le tribunal reconnaît finalement le caractère professionnel de son cancer du sein.

Trois facteurs de risques professionnels pris en compte

La particularité de cette décision réside dans l’analyse globale des conditions de travail de la salariée. Le tribunal a notamment retenu trois expositions professionnelles :

  • Le travail de nuit : avec plus de 6 500 heures de vol nocturne, la salariée a subi des perturbations répétées de son rythme biologique. Le travail de nuit est aujourd’hui identifié comme un facteur susceptible d’augmenter le risque de certains cancers, notamment celui du sein.

  • Les rayonnements ionisants d’origine cosmique : en altitude, les personnels navigants sont exposés à des rayonnements dont l’intensité et la dose cumulée dépendent notamment de l’altitude, de la durée et de la fréquence des vols.

  • Le tabagisme passif : ayant exercé à une époque où il était encore permis de fumer à bord des avions, la salariée a été exposée pendant plusieurs années à la fumée de cigarette dans les cabines.

Le tribunal a également relevé l’absence d’autres facteurs identifiés, notamment génétiques ou liés à l’hygiène de vie, susceptibles d’expliquer la survenue de la maladie dans ce dossier.

Une avancée pour la reconnaissance des maladies professionnelles multifactorielles

Cette décision présente un intérêt majeur : elle reconnaît l’importance de l’accumulation de plusieurs expositions professionnelles dans l’apparition d’une maladie.

En effet, certaines pathologies, notamment les cancers, peuvent résulter de plusieurs facteurs de risques. Il est alors particulièrement difficile pour les victimes de démontrer un lien entre leur maladie et leur activité professionnelle.

Cette difficulté est encore plus importante lorsque la pathologie ne figure dans aucun tableau de maladies professionnelles, comme c’est le cas du cancer du sein.

En prenant en considération l’ensemble des conditions de travail de la salariée, le tribunal de Bayonne illustre l’importance d’une analyse individualisée des parcours professionnels et des expositions cumulées.

Une reconnaissance qui fait écho à une précédente décision concernant les soignantes

Cette décision intervient quelques mois après un jugement du tribunal administratif de Marseille du 3 mars 2026 (n° 2202497), concernant la reconnaissance du cancer du sein en lien avec le travail de nuit chez des soignantes.

Ces décisions contribuent à faire évoluer la prise en compte des risques professionnels auxquels sont exposées les femmes, notamment dans les métiers impliquant des horaires nocturnes ou atypiques.

Elles rappellent également que les conséquences de certaines expositions professionnelles peuvent apparaître de nombreuses années après le début de la carrière.

Pour la FNATH, mieux reconnaître les maladies professionnelles reste une priorité

Pour la FNATH – Association des accidentés de la vie, cette décision souligne la nécessité de faire progresser la reconnaissance des maladies professionnelles, particulièrement lorsqu’elles résultent d’expositions multiples ou qu’elles ne figurent pas dans les tableaux existants.

Trop souvent, les victimes se heurtent à des procédures longues et complexes pour faire reconnaître l’origine professionnelle de leur maladie.

La reconnaissance ne doit pas être entravée par la difficulté à isoler un facteur de risque unique lorsque les conditions de travail ont pu contribuer au développement d’une pathologie.

La FNATH rappelle l’importance d’une meilleure prévention des risques professionnels, d’une véritable traçabilité des expositions tout au long de la carrière et d’un accès effectif à la reconnaissance et à l’indemnisation des maladies professionnelles.

Parce qu’une maladie professionnelle ne se résume pas toujours à une exposition unique, chaque parcours professionnel doit pouvoir être examiné dans sa globalité.


Références judiciaires : tribunal judiciaire de Bayonne, pôle social, décision du 4 juillet 2026 (référence complète à confirmer) ; tribunal administratif de Marseille, 3 mars 2026, n° 2202497.

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