Accessibilité des lieux de travail. La FNATH et l’APF déposent un recours devant le Conseil d’Etat

La «loi handicap» de 2005 prévoit que les lieux de travail doivent être accessibles aux personnes handicapées. Treize ans après et alors que le nombre de chômeurs handicapés se situe à plus de 500 000 personnes, l’ensemble des textes d’application  n’est toujours pas paru.

Face à cette situation, l’APF et la FNATH ont décidé de déposer un recours devant le conseil d’Etat pour demander la publication des textes nécessaires pour une pleine accessibilité des lieux de travail.

Alors que la loi de 2005 prévoit que les lieux de travail doivent être accessibles aux personnes handicapées, ce n’est qu’en 2009 qu’un décret d’application est paru. Malgré les relances régulières des associations, l’arrêté nécessaire pour une pleine application des mesures n’est toujours pas paru, 13 ans après la promulgation de la loi et près de 10 ans après la publication du décret.

Dans leur recours, la FNATH et l’APF rappellent que la loi du 11 février 2005 fixait un délai de six mois pour la publication des mesures réglementaires d’application de la loi, montrant ainsi que la volonté du législateur concernant l’accessibilité des lieux de travail a été clairement bafouée.

Loin d’être une question symbolique, ce défaut de publication de l’arrêté n’est pas sans conséquence pour les personnes en situation de handicap censées en bénéficier. Alors que le nombre de chômeurs dépasse les 500 000 personnes et que le taux de chômage reste de manière continue le double de celui du reste de la population, ce vide réglementaire empêcheun certain nombre de travailleurs handicapés d’accéder ou de se maintenir en emploi.

De plus, l’APF et la FNATH rappellent que cet arrêté ne concerne que les lieux de travail neufs. Elles demandent donc par ailleurs qu’une concertation puisse s’ouvrir très rapidement également sur les dispositions qui doivent être applicables pour rendre accessibles les lieux de travail existants, par nature beaucoup plus nombreux.

Réforme de la formation professionnelle. Le « big bang » atteindra-t-il les travailleurs handicapés ?

La Ministre du travail a annoncé ce matin le contenu de la réforme de la formation professionnelle. La FNATH partage les objectifs de simplification et d’accès aux droits pour tous les travailleurs. Elle s’étonne toutefois de l’absence de mesures pour les travailleurs handicapés et s’inquiète des conséquences de certaines propositions.

La FNATH partage les constats portés par la Ministre du travail, notamment le fait que l’accès à la formation professionnelle connaît une double inégalité portant sur le statut des salariés et la taille des entreprises. De plus, la difficulté de l’accès aux droits et à l’information constitue un obstacle majeur pour nombre de salariés.

La FNATH partage globalement les mesures annoncées, mais s’étonne qu’aucune mesure ne concerne spécifiquement les victimes du travail et les travailleurs handicapés, pour lesquels l’accès à une formation est particulièrement compliqué et constitue pourtant une condition essentielle d’accès et de maintien en emploi.

Par nature, toutes les mesures leur sont applicables, notamment la majoration pour les salariés à temps partiel. Toutefois, la FNATH souhaite qu’ils puissent bénéficier d’une majoration du plafond annuel et global au même titre que les salariés non qualifiés. De plus, au-regard des retombées très mesurées du dispositif actuel, le nouveau conseil en évolution professionnelle devra être formé à l’accompagnement des travailleurs handicapés.

Enfin, certaines mesures bien que positives risquent de constituer des freins pour les travailleurs handicapés. En effet, le développement d’une application qui semble indispensable et naturelle risque de se traduire par une exclusion numérique de certains travailleurs handicapés, si les conditions d’accessibilité ne sont pas travaillées dès le départ. De plus, l’encouragement de solutions innovantes, telles que le MOOC et le digital learning, ne doit pas non plus se faire au détriment de la participation des personnes handicapées.

Des fonds pour les fonds

Mauvaise adéquation avec les besoins des personnes handicapées, dérives dans les modes de fonctionnement, évaluation des conventions conclues avec les employeurs, des craintes à court ou moyen terme sur le financement des fonds en lien notamment avec les nombreuses ponctions réalisées par l’Etat… Tout y passe, sur un ton souvent acide. La Cour des comptes a publié son rapport début janvier 2018. Elle y décrit en ces termes les modalités de fonctionnement des deux fonds pour l’emploi des travailleurs handicapés que sont l’Agefiph (secteur privé) et le FIPHFP (secteur public). Beaucoup de critiques ont d’ores et déjà trouvé des réponses dans des évolutions adoptées ces derniers mois par les deux fonds, mais elles n’en constituent pas moins des sources de réflexion pour rendre les aides de ces fonds plus efficaces.

Un deuxième rapport provenant de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale des finances (IGF), complète le tableau. Il comporte 400 pages d’analyses très détaillées. Il souligne la crainte que ces fonds ne disposent pas de réserves financières à moyen terme et formule des propositions rapides permettant d’augmenter leurs ressources par des aménagements techniques sur le calcul de l’obligation d’emploi, mais aussi par un meilleur contrôle des erreurs de déclaration par les entreprises. Mais c’est aussi une évolution radicale de l’organisation de ces fonds qui est proposée avec, soit une fusion, soit un transfert des compétences au sein de Pôle emploi dont les compétences sur l’emploi des travailleurs handicapés, et en particulier le maintien, sont limitées.

Qui du réseau CAP EMPLOI ?

Alors que le réseau des Cap Emploi vient de fusionner avec les Sameth pour former des entités compétentes sur les questions d’accès et de maintien en emploi et que ces entités viennent d’être désignées, après un appel à projet national, un nouveau rapport de l’Igas a été publié début février.
Malgré une expertise reconnue dans le domaine du handicap et des modalités d’accompagnement adaptées, le réseau des Cap emploi n’est pas en mesure d’assurer pleinement et prioritairement l’accompagnement des personnes souffrant d’un handicap lourd ou complexe. Plusieurs raisons sont évoquées : des critères d’orientation de la part de Pôle emploi qui ne ciblent pas les situations prioritaires ; un déficit d’expertise sur certains handicaps complexes (comme le handicap psychique) ; un maillage inégal du territoire et un nombre d’accompagnements délégués très variable selon les départements. De plus, la prise en charge par Pôle emploi des personnes cumulant un handicap avec d’autres difficultés (difficultés sociales, problèmes de santé, etc.) est considérée comme problématique.

La principale proposition consiste à spécialiser les Cap Emploi sur les situations de handicap les plus difficiles et de monter en compétence Pôle emploi en matière de prise en charge des personnes handicapées. Cette double évolution devra s’accompagner d’une complémentarité accrue entre les deux opérateurs tout au long du parcours des personnes concernées, mais aussi d’une plus grande mobilisation des outils de la politique de l’emploi : la formation professionnelle, qui est un enjeu prioritaire, et l’insertion par l’activité économique.

Emploi des travailleurs handicapés.

Le gouvernement vient de lancer une concertation sur la rénovation de l’obligation d’emploi des personnes en situation de handicap.

Sur un sujet concernant des millions de travailleurs handicapés, le gouvernement a choisi une méthode de concertation qui ne permet pas la participation des associations de personnes handicapées au même niveau que les autres acteurs de la concertation.

Seuls trois représentants du CNCPH (Conseil National Consultatif des Personnes
Handicapées), qui représente les acteurs de la société civile, seront conviés.

Cette méthode n’est pas conforme à l’article 4 de la convention internationale des Nations-unies qui prévoit la « participation active des personnes par l’intermédiaire des organisations qui les représentent ».

Les associations demandent à être reçues en urgence par le Premier Ministre pour garantir leur participation effective à cette réforme majeure.

AAH, pensions d’invalidité : Non au recul des droits et à l’aggravation de la précarité !

Allocation adulte handicapé (AAH), pensions d’invalidité : une stagnation voire un inadmissible recul du pouvoir d’achat pour 500 000 personnes en situation de handicap ou atteintes de maladie invalidante annoncés de manière brutale, sans aucune concertation.

Ces dernières seront partiellement ou totalement exclues des avancées, encore timides et différées dans le temps, que constituent les revalorisations de l’AAH et de la prime d’activité annoncées récemment.

Ensemble, disons « Non au recul des droits, non à l’aggravation de la précarité des personnes en situation de handicap ou atteintes de maladie invalidante ! »

Aidez-nous à demander au gouvernement la suppression de ces mesures qui mettent en grande difficulté des centaines de milliers de personnes en situation de handicap ou atteintes de maladie invalidante !

Signez cette pétition portée par plusieurs associations, dont AIDES, l’APF, la FNATH et l’UNAPEI !

Lien vers la pétition : https://www.change.org/p/handicap-maladie-stop-precarite

Comité interministériel du handicap : Derrière la volonté politique affichée, une douche froide et des inquiétudes.

Le premier comité interministériel du handicap du quinquennat s’est réuni ce matin sur le thème « vivre avec un handicap au quotidien ». L’occasion pour le Gouvernement de confirmer sa volonté politique de faire de l’accompagnement des personnes handicapées une priorité, mais aussi de refroidir des attentes des personnes handicapées et de soulever des craintes.

Ce comité interministériel a permis de donner corps à la volonté politique affichée par le Président de la République de faire du handicap une des priorités de ce quinquennat. Les objectifs sont ainsi fixés pour l’ensemble des ministres qui devront ainsi sur la base des axes politiques déterminés et des mesures concrètes annoncées définir leurs actions.

Une douche froide

Les déclarations de ces dernières semaines pouvaient faire espérer aux personnes handicapées une augmentation massive et rapide. Le premier Ministre a annoncé ce jour une revalorisation de près de 50 euros au 1er novembre 2018.
Certes cette revalorisation est la plus importante de ces dernières années. Pour autant, les bénéficiaires de l’AAH ont vécu ce jour une douche froide qu’ils ne sont pas prête d’oublier : ils vont devoir attendre 14 mois pour en bénéficier. Par ailleurs, le dossier de presse précise une réforme sur la prise en compte de la situation familiale des bénéficiaires dont « l’impact sera neutralisée par la revalorisation de la prestation ». Autant dire, le Gouvernement va prendre d’une main ce qu’il donne de l’autre !

Des craintes

De nombreux chantiers sont ouverts puis confirmés sur l’ensemble des thématiques, à l’exception notable d’un véritable chantier sur la prestation de compensation, dont les contours et les montants n’ont pas évolué depuis 2005.
La simplification des normes sur l’accessibilité suscite de nombreuses craintes. Derrière la simplification se cache en effet concrètement une diminution des exigences relatives à l’accessibilité des personnes handicapées. Des logements moins accessibles, dans une société vieillissante, constituent un recul important et un risque supplémentaire d’exclusion des personnes handicapées. La FNATH sera donc particulièrement vigilante sur ce point.

Concernant l’emploi des travailleurs handicapés, le Gouvernement n’apporte aucune solution concrète et rapide à l’arrêt brutal des contrats aidés pour les travailleurs handicapés.

Sur tous ces chantiers ouverts, la Fnath est prête à participer activement aux travaux pour traduire au plus vite, et avant la conférence nationale du handicap annoncée pour le mois de mai 2018, ces objectifs en actions et dispositions concrètes améliorant la vie des personnes handicapées.