Alors que pleuvent les éloges officiels envers les sapeurs-pompiers, il est probable que leur sacrifice soit payé de mots sans aucune suite, comme ce fut le cas pour les professionnels de santé durant le Covid. En restant notamment dans l’ignorance des cancers professionnels pour ne pas avoir à prendre des mesures budgétaires trop couteuses. 

L’extraordinaire sacrifice dont les sapeurs-pompiers font preuve depuis des semaines face aux méga feux que connaissent nos régions sera-t-il payé de mots sans aucune suite, comme ce fut le cas pour les professionnels de santé et autres travailleurs du quotidien (caissières, policiers, éboueurs) durant le Covid ?

La question mérite d’être posée alors que l’on assiste à une avalanche d’éloges des politiques de tous les bords. Pour autant dans quelques semaines, mois, années, nombreux des soldats du feu qui sont acclamés aujourd’hui viendront à tenter de faire reconnaitre une maladie professionnelle contractée ces derniers jours dans un combat désespéré pour sauver des vies.

Que leur diront nos politiques ? Qu’aujourd’hui, seules quatre maladies peuvent être reconnues d’origine professionnelle au bénéfice du corps des sapeurs-pompiers alors que pour le Canada, ce nombre varie de 9 au Québec à 19 en Ontario. Pourtant en 2022, l’activité de sapeur-pompier a été reconnue cancérogène pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer.

Or, aucune étude épidémiologique robuste, systématique et d’ampleur nationale n’a jamais été initiée en France alors que dès 2019 l’Anses publiait un rapport sur les risques sanitaires liés aux expositions professionnelles des sapeurs-pompiers. Il faut reconnaitre que c’est un sport bien français que de rester dans l’ignorance des cancers professionnels pour ne pas avoir à prendre des mesures budgétaires trop couteuses.

Ainsi, seules 31 maladies professionnelles étaient reconnues chez des sapeurs-pompiers en 2022 !

Ce chiffre dérisoire n’étonnera personne puisque le système de reconnaissance des maladies professionnelles en France est tellement « cadenassé » que toutes professions et tous types de cancers réunis, c’est moins de 2000 cancers professionnels qui sont reconnus tous les ans comme ayant une origine professionnelle par la sécurité sociale. Une sous-déclaration qui coute plus de 3 milliards d’euros par an à la branche assurance maladie mais dont on ne veut pas entendre parler. Pour nos seuls sapeurs-pompiers, il n’est cependant pas compliqué de comprendre qu’ils sont exposés à plusieurs types de produits de combustion reconnus cancérogènes qu’ils respirent, inhalent, avalent, ou qui pénètrent le corps par contact avec la peau.

Tous ces constats, tous ces chiffres sont parfaitement connus des politiques et des pouvoirs publics depuis un rapport d’information de la commission des affaires sociales du Sénat en mai 2024 sur les cancers imputables à l’activité de sapeur-pompier par les sénatrices Anne-Marie Nédélec et Emilienne Poumirol.

Parmi les dix mesures d’urgence pour protéger les sapeurs-pompiers, elles préconisaient notamment la création d’un tableau dédié aux pathologies liées à la lutte contre l’incendie intégrant les 7 types de cancer dont le lien avec l’activité de sapeur-pompier avait été établi par le Centre international de recherche sur le cancer.

En lieu et place, il faudra attendre décembre 2025 pour que notre liste passe de deux à quatre maladies professionnelles, quel exploit ! Pour les autres cancers (cancer de la prostate, des testicules, lymphomes, etc.) ce sera au sapeur-pompier malade qu’il appartiendra, mais à la condition qu’il présente un taux d’incapacité de 25 % au moins (et en dessous il n’aura droit à rien !), de rapporter, avec ses propres moyens, la preuve que son cancer a bien pour origine les journées et les nuits à lutter contre les feux, à inhaler des fumées toxiques, des particules fines et toutes les autres substances que l’on connait. Procédure longue, complexe et épuisante, d’autant plus pour une femme ou un homme qui se bat contre un cancer cette fois et dont l’engagement pour la Nation et ses concitoyens appelait autre chose que ce parcours du combattant.

Elles appelaient également à mener des programmes nationaux de surveillance médicale dédiés aux sapeurs-pompiers à des fins de dépistage des cancers et de collecte de données épidémiologiques, et à renforcer le suivi post-professionnel des sapeurs-pompiers retraités, ou encore à l’installation d’un Observatoire de la santé des sapeurs-pompiers. Toutes les associations de lutte contre les accidents du travail et les maladies professionnelles, tous les syndicats, tous les praticiens de la santé au travail ont appelé, à la traduction concrète de ces préconisations dans le quotidien de nos sapeurs-pompiers. En vain.

Le dernier trimestre 2026 sera occupé par les débats parlementaires relatifs à loi de finances et à loi de financement de la sécurité sociale, espérons que le Gouvernement et nos parlementaires se souviendront de nos sapeurs-pompiers, de leurs déclarations, des vies sauvées et s’accorderont à voter des mesures législatives et budgétaires qui amélioreront réellement la prévention des cancers professionnels et la reconnaissance des maladies professionnelles de nos courageux soldats du feu.